J’y avais moi-même enseigné. Le CAS' NARD (journal de Bernard Martial). fonctionnait, on brouillait les radios occidentales. La première annonça qu’elle partait le lendemain avec ses enfants, chez ses parents. Une première idée nous est (176) venue : l’enveloppe de l’un des éléments calorifères avait perdu son étanchéité dans la zone active. Nos hommes, au moins, sont de vrais hommes, courageux ! Il y avait aussi des terres spéciales, des serres spéciales, un contrôle spécial… C’est le plus dégoûtant… Et personne n’a encore répondu de cela… Lorsqu’on a cessé de me recevoir et de m’écouter, je les ai inondés de lettres et de rapports. Eh bien, vous avez la mémoire courte. L’homme se lève tôt le matin, préoccupé par son pain quotidien. L’explosion d’un grand nombre d’armes nucléaires provoquera des incendies gigantesques. semer, un portillon fermé à clef, des paysans produisant encore de l’alcool qu’ils nous vendaient… Car nous avions beaucoup d’argent : trois fois le salaire mensuel plus des frais de séjour multipliés par trois. Nous avions peur de parler de ce qui venait de se passer. Nous partageons la même mémoire, le même sort. Ils mesuraient la radiation jusque dans le borchtch et les boulettes de viande. C’est la mentalité slave. Sur l’écran apparaît le toit du réacteur parsemé de morceaux de graphite, le bitume fondu. De la même manière que quelques personnes se sont révélées capables de nous assassiner. Questionnaire de lecture, 2e partie, Programme national des œuvres pour l’enseignement du français pour l’année scolaire 2020-2021 (documents). Certes, je n’ai jamais été membre du parti, mais j’étais quand même une Soviétique. À la guerre, il y avait des détachements de barrage qui tiraient sur ceux qui reculaient. Certes, je n’étais pas membre du parti, mais j’étais quand même un homo sovieticus. Faites-le ! Tout se confond dans ma mémoire, ce que j’ai lu et ce que j’ai vu…. La prédestination de notre peuple pour n’importe quel malheur. Nous ne lisions pas la Pravda, mais nous nous passions de main en main le magazine Ogoniok (magazine à la pointe de la perestroïka). Un complot de l’ignorance et du corporatisme. Où fuir ? Nous souffrons. Je n’ai pas pu me libérer des nouveaux sentiments que j’éprouvais. Et nous, nous complétions cela avec des slips de plomb. Chaque jour qui passe, l’ignominie sur l’écran se fait encore plus terrible que la veille. 16. La Supplication : Tchernobyl, chroniques du monde après l'apocalypse de Svetlana Alexievitch - On prétend que les animaux n’ont pas de conscience, qu’ils ne pensent pas. Or, Tchernobyl est une ouverture vers l’infini. Avec mon groupe, nous sommes entrés dans une église abandonnée, pillée. Le commandant a réglé toute l’affaire : « Les volontaires iront sur le toit, et les autres, chez le procureur. Nous avions l’ordre de ne pas regarder en bas, mais nous l’avons fait tout de même. Vous tentez de nous tirer du nez ! Les hauts salaires et le secret ajoutaient au romantisme. Ce sont des gens privés d’immortalité qui en tuent d’autres. Il s’agit d’une réédition russe, non remaniée par rapport au texte original de 1985. Les premiers jours, nous avions peur de nous asseoir par terre, sur l’herbe. Des barrières. La nature renaît mais la dépression règne. Seuls peuvent comprendre ceux qui ont fait la guerre. De quoi s’agit-il ? Je me suis approché pour leur parler. » J’ai demandé aussitôt (184) où l’on m’envoyait. Parfois, nous les trouvons. Et vous prenez des photos. …. Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse, traduit du russe par Galia Ackerman et Pierre Lorrain, J’ai lu, Paris, [1997] 1999, 250 pages. Et les filles du coin faisaient la noce. On ne peut pas dire que l’on dissimulait les choses volontairement. J’avais envie de tout mémoriser en détail et avec précision. Après Tchernobyl, c’est venu naturellement. Mais là… À la tête de notre défense civile se trouvaient des généraux et des colonels de réserve pour qui la guerre commence par une déclaration du gouvernement à la radio, des alertes aériennes, des bombardements. Ne comprends-tu pas à quoi tu t’attaques ? J’ai vu comment d’autres gens se conduisaient. Ils ont vaincu ! Les gens se tenaient en un énorme demi-cercle. (186) Il faut nettoyer la surface. Pour Tchernobyl, il faudra bien répondre un jour, comme pour 1937. Vous vous souvenez de ce film où l’on tuait une vache ? Nous nous trouvions désormais tout près du réacteur. Lorsque je l’ai compris, j’ai été bouleversée. Sous la démocratie, on nous vend des friandises et de la margarine aux dates dépassées, des jeans usés, comme aux indigènes qui viennent à peine de descendre des arbres. Dans les yeux de certains, je peux lire : « Nous n’avons besoin de rien ! Résumé et citations, 8e partie, p. 176 à 199. Je n’irai plus dans la zone alors que, avant, cela m’attirait. Il a continué à. percer, à genoux. Tout est dans le dossier, rien que des faits. Et si elles ne quittent pas leurs maisons, leurs cimetières, ce n’est pas à cause du chocolat allemand ou du chewing-gum…Il est temps de rentrer : « Quel joli coin ! Les meilleurs recevaient des coupes, des drapeaux, on organisait un banquet sur l’herbe. Lave- toi les cheveux… » J’ai raccroché. De la même manière que quelques personnes se sont révélées capables de nous assassiner. Je passe sans cesse d’un temps à l’autre. « Ce n’est pas une plaisanterie, me répondit-on. Il a touché une prime de 1.000 roubles. Prenez le temps aussi de réfléchir au sens des titres de ces œuvres (en fonction du thème toujours). Et l’odeur de la forêt me donne le vertige, je la perçois encore plus fortement que la couleur. En Ukraine, l’évacuation avait déjà commencé. Il était également possible qu’un conteneur eût été endommagé pendant un transport au laboratoire radiochimique. Là-bas, je me sentais un homme libre. Récemment, j’ai regardé l’émission Moment de vérité, avec Alexandre Iakovlev, membre du Politburo, celui qui était du côté de Gorbatchev. Achetez neuf ou d'occasion On tire. « Qu’est-ce que tu as à nous bourrer le crâne ? C’était très grave, cela représente la limite admise dans des locaux soumis à l’irradiation pour une durée de travail ne dépassant pas 6 heures. Mais les bombes atomiques ne disparaîtront pas. Mais je m’en fous ! La cour s’est vidée aussitôt. Aucun d’entre nous n’avait de doute quant au fait qu’on pouvait nous emprisonner pour refus d’obéissance. En tout cas, ils m’ont menacé de le faire. Ils prenaient des photos composées. Vendeur : preigu (Osnabrück, Allemagne) Evaluation du vendeur : Ajouter au panier EUR 12,35. Personne n’a applaudi… Mes étudiants ont été bouleversés. S’il y avait une autre explosion, tout recommencerait. Et je comprends que je suis la seule à aimer ce coucher de soleil. 13. » On ne savait pas si elles se moquaient de nous ou d’elles-mêmes…  À notre retour à la rédaction, nous nous sommes tous (209) rassemblés pour une réunion. Les gens étaient perplexes : « Et pourquoi personne n’en parle, à la radio et à la télé ? Nous nous trouvions désormais tout près du réacteur. C’est un conflit de générations… L’avez-vous remarqué ? Les Fleurs du Mal de Charles Baudelaire. Ma femme avait donc tout compris. De l’iode ordinaire. Un garçon est né chez des amis à nous, le premier enfant d’un couple jeune et beau ! Je n’ai jamais éprouvé un tel sentiment, même pendant l’amour. Alexievitch, Svetlana. ALEXIEVITCH, Svetlana, La supplication. Les autres couleurs n’existent pas. … Les premiers jours, l’inquiétude régnait en Ukraine, mais tout était calme, en Biélorussie. J’ai renouvelé l’appel à plusieurs reprises, jusqu’à tomber sur l’un de ses assistants qui me connaissait très bien, en disant que j’avais des informations urgentes, au sujet de l’accident. Résumé et citations, 9e partie, p. 200 à 227. Tous les secrétaires du comité du parti étaient debout à la tribune et la fille du premier secrétaire se tenait près de son papa. Quelques gars se sont rebellés. J’ai toujours été tellement fier de notre réacteur. » Nous avons ri, nous avons juré. Un grand empire ! New York: Oxford University Press, 2006. Tableau des oeuvres, 3e partie. - Mais où me donnera-t-on cinquante roubles pour un seul trajet ? Nous ne marchions pas, mais courions. Les Fleurs du Mal de Charles Baudelaire. Tchernobyl est une ville située en RSS d'Ukraine, à la frontière avec la Biélorussie (à l'époque toutes deux parties de l'URSS). Tous les appareils ont convenablement fonctionné. Et pas de fumée. Ces plans prévoyaient d’avertir la population entière en quelques minutes et de l’évacuer dans la forêt, en zone sûre dès le déclenchement de la sirène…. Pourquoi cette copie ? Deux Allemands : un grand et un gros, en noir, et un autre, petit, en marron. Il a touché une prime de 1.000 roubles. J’ai continué d’écrire, de faire des conférences. L’État bénéficie d’une priorité absolue. Les aiguilles des appareils enregistreurs restaient bloquées au maximum, mais personne (219) ne comprenait rien. On l’a laissée pendant deux jours dans sa maison, la pauvre, dans un vieux gilet molletonné, sous les icônes. Notre Institut se trouve à la campagne et le temps printanier était merveilleux. Les chauffeurs qui les transportaient racontaient que ces veaux étaient bizarres : leurs poils pendaient à terre et ils avaient tellement faim qu’ils mangeaient de tout, même des chiffons et du papier. Il ne faut pas oublier dans quelle situation nous nous trouvions, il y a dix ans. J’ai été convoqué : « Sais-tu faire la différence entre l’essence et le gasoil ? Je lui ai demandé qui lui avait permis d’accoucher ici. Avant, on nous bourrait le crâne en bous disant combien tout serait merveilleux « s’il n’y avait pas eu la guerre ». Partout des tueries, en Tchétchénie, en Bosnie. Le K.G.B. C’est aussi notre jeunesse, notre époque… Notre religion... 50 ans ont passé. Je n’avais jamais entendu parler de césium dans le lait que nous portions dans les laiteries, ni de strontium. Il s’intitulait : Puits, donne de l’eau. Platonov, le président de notre Académie des sciences, m’a convoqué : « Le peuple biélorusse se souviendra un jour de toi, car tu as beaucoup fait pour lui. J’ai pris les carnets d’adresses de ma femme et de ma fille et j’ai entrepris d’appeler tout le monde : Moi, chef de laboratoire de l’Institut de l’énergie nucléaire, je vous annonce qu’un nuage radioactif traverse notre ville… Et j’énumère les mesures à prendre : se laver les cheveux, fermer les fenêtres et les lucarnes, relaver le linge qui sèche dehors, boire de l’iode. Biélorusse née soviétique, Svetlana Alexievitch a recueilli la parole d’anciens citoyens de l’URSS. Et moi, je n’y ai pas cru. On lui avait dit que l’incendie avait déjà été éteint. Ces gens avaient la victoire. Le commandant a réglé toute l’affaire : « Les volontaires iront sur le toit, et les autres, chez le procureur. » Quelqu’un vous a-t-il dit qu’il était strictement interdit de prendre des photos à proximité immédiate du réacteur ? La nature renaît mais la dépression règne. Le soir du même jour. J’en avais le souffle coupé. Que voyons-nous se passer, maintenant ? J’entends partout la lamentation. L’État bénéficie d’une priorité absolue. Nous ne comprenions pas que la physique existait et qu’aucun décret du gouvernement ne pouvait le changer. La prime était de 500 roubles. Nous n’avons même pas de territoire historique. J’aimais la science-fiction. On l’a vraiment respecté. Nous sommes responsables de tout, y compris des lois de la physique. Mais s’il a l’atome à sa disposition… Je ne suis pas une philosophe et je ne vais pas philosopher. Nous avons été privés de l’immortalité. Ils mettaient en marche de nouveaux équipements. Il racontait l’histoire d’un soldat muet qui accompagnait une Allemande enceinte, engrossée par un soldat russe. Ce manque de réaction me surprit grandement… Le soir même, un ami me passa un coup de fil. Nous avions notre petit cercle. On racontait des blagues sans arrêt. Ce n’est pas croyable ! Les instructions exigent que ces échantillons soient enterrés dans un sépulcre en béton armé. Sur les filtres à air, elle avait augmenté de 200 fois. De faire des enfants ! J’ai un sens du devoir très développé. On lui a parlé des amas de graphite, des champs de radiation affolants, des températures très élevées. Dans (187) un village, il y avait deux maisons clandestines. Neuf. Tout part, s’évanouit, nos sentiments changent… Avant l’opération, je savais déjà que j’avais un cancer. Nous avions tous fait des stages de défense civile. On les intimidait de la même manière. Nous l’avons haïe cette femme-médecin qui nous gâchait la soirée. Il fonctionne pendant deux heures. Il avait reçu un ordre par radio : « Soldat Ivanov, dans deux heures, vous pourrez descendre pour fumer une cigarette ! 15. Peut-être valait-il mieux se suicider pour ne pas souffrir… C’étaient les premiers jours. Et ce n’était qu’en passant que nous nous demandions pourquoi nous n’avions pas de dosimètres, pourquoi on ne nous donnait pas de comprimés par prophylaxie, pourquoi nous n’avions pas de machines à laver pour nettoyer nos vêtements de travail tous les jours et non deux fois par mois. Même la plus propre, la plus blanche qui soit. J’ai eu soudain une crise de rage… Au diable les secrets ! Il y avait des feux d’artifice, dans ma ville de Moguilev. » … Avant de monter sur le réacteur, le commandant nous a réunis pour le briefing. Mets des gants de caoutchouc et essuie tout ce que tu peux avec un chiffon humide. « Dans votre coin, tout va bien. Nous avons parlé de la reine d’Angleterre et de la princesse Diana. Je voyage (224) à travers le pays. Mais nous avions notre devoir, nous recevions des télégrammes du Comité central, du comité régional du parti. La mort m’est incompréhensible. Le zampolit nous a réunis pour nous parler. 7. Mais j’ignorais quel sentiment l’emporterait, à notre retour. Nous y allions tous. Je suis tombé malade tout de suite après mon retour. » … Avant de monter sur le réacteur, le commandant nous a réunis pour le briefing. Le sort de millions de personnes se trouvait entre les mains de quelques individus. » On exerçait aussi des pressions sur les employés de l’Institut. Avril-mai 1986. De toute manière, l’homme doit bien mourir de quelque chose : le tabac, les accidents de la route, le suicide » … Ils se moquaient des Ukrainiens qui « se traînaient à genoux » au Kremlin en quémandant de l’argent, des médicaments, des dosimètres. Une commission est venue nous calmer. Pas d’autre histoire, pas d’autre culture… Mes élèves tombent amoureux, font des enfants, mais ils sont calmes et faibles. » Au monde entier ! Svetlana ALEXIEVITCH, LA SUPPLICATION. Mais j’ai grandi en Ukraine. Ce jour-là, le 26 avril, j’étais à Moscou, en mission. Je convoquais les gens dans mon bureau en leur disant qu’un communiste ne devait pas déserter, qu’un patriote ne devait pas fuir…Ce n’est que plus tard que j’ai eu des soupçons. Ce n’étaient ni des maniaques ni des criminels mais de simples opérateurs de service dans une centrale nucléaire. » Nous avons ri, nous avons juré. Et nous ? Je veux écrire autre chose : que nous étions une génération soviétique… Nos amis sont médecins, enseignants. Tableau des oeuvres, 4e partie. Impossible donc de l’y emmener. La seconde avait confiance : « Les journaux disent que la situation redeviendra normale dans quelques jours. Mes sentiments débordent tellement que je ne peux les maîtriser, ils me paralysent. Nous avons passé la ligne. your own Pins on Pinterest dépasse la Kolyma, Auschwitz et l’holocauste. Nous avons passé la ligne. L’homme sans idéal ? « Ne sois pas si pressé, m’a-t-on dit. L’Allemand en noir le frappe…Je me souviens d’un Italien grand et beau, qui chantait tout le temps… J’ai essayé d’écrire des scènes de guerre, mais rien n’en est sorti. Pas d’autre histoire, pas d’autre culture… Mes élèves tombent amoureux, font des enfants, mais ils sont calmes et faibles. Ils venaient au monde, faisaient l’amour, gagnaient leur pain dans la sueur, assuraient la lignée, attendaient les petits-enfants et, ayant vécu leur vie, ils quittaient la terre pour rentrer en elle. Aujourd’hui, je crois que le monde tridimensionnel est déjà trop étroit pour l’homme moderne. Quand venaient les premiers étrangers, elles se taisaient, elles se contentaient de pleurer. ». Là-bas, lorsque nous approchions des gares, les gens se … » Et, d’un geste crâne, il jette son chapeau par terre. Vous n'êtes pas suicidaire. Ses copines aussi, elles pensent toutes à cela. Eh bien, vous avez la mémoire courte. Nos petits-enfants n’auront pas de quoi régler tous les comptes… Je ne suis pas ivre ! Au repas funèbre, nous avons bu et mangé selon la coutume slave, vous voyez. ¸ Quelles citations / quels titres paraissent illustrer la tentation du désespoir, en Près de Moguilev ! Résumé établi par Bernard Martial (professeur de lettres en CPGE) T raduit du russe par Galia Ackerman et Pierre Lorrain J’ai lu n°5408. Je n’oublierai jamais cette manifestation du Premier Mai… Que s’est-il passé en nous ? Dans un village qui se trouvait au cœur d’une zone contaminée par le césium ! Nous avions peur de parler de ce qui venait de se passer. Nous nous sommes réunis chez moi, à la maison, pour le café. Pourquoi se taisent-ils ? La nature humaine demeure toujours un mystère pour eux. Une voisine m’a dit en chuchotant que Radio Liberty parlait d’un accident à la centrale nucléaire de Tchernobyl. Le soldat le prend dans ses bras et, pendant qu’il le tient, le bébé fait pipi sur sa mitraillette. Des cartes secrètes, des plans d’évacuation étaient conservées dans des coffres-forts, sous scellés. De mon enfance, je garde des souvenirs qui ne ressemblent guère à cela… J’ai vu seulement un bon film de guerre dont j’ai oublié le titre. On les mettait par-dessus le pantalon. Dans son livre, Ales Adamovitch rapporte une conversation qu’il a eue avec Andreï Sakharov sur la bombe nucléaire. Un autre peuple. ... La force de vivre et la mort 231 Fiche 21 – Citations 237. J’ai écrit à Moscou. 9. Une chose terrible venait de se produire et aucune information n’était disponible : les autorités et les médecins se taisaient. Il fallait donc trouver des gens. Avez-vous oublié qu’avant Tchernobyl l’atome était surnommé « le travailleur pacifique » ? Nos troupes se trouvent là-bas. Nous lisions le samizdat qui avait enfin fini par atteindre le pays profond. Deux femmes se sont lancées dans une grande discussion. Comme au front. Des idées folles me passaient par la tête. Nous critiquions ces Allemands toujours repassés et amidonnés. 12. » Les deux femmes ont fini par se brouiller, l’une reprochant à l’autre son manque d’instinct maternel, la seconde de déserter. Le fond de la radiation est normal. Les gens se baignaient, bronzaient. La Supplication : Tchernobyl, chroniques du monde après l'apocalypse de Svetlana Alexievitch. Ils m’intéressaient. » Il y était déjà allé, ce jour-là. Les gens se tenaient en un énorme demi-cercle. Elles ont des séquelles génétiques. Ils écoutaient la radio de chez eux et savaient ce qu’il fallait faire. Cela a redonné un sens à notre vie… Le sens de la souffrance. Nous avons pu déterminer qu’il s’agissait d’iode. Chacun attendait un coup de fil, un ordre, mais n’entreprenait rien de lui-même. Publications 5. h-index 2. Tout le monde s’est habitué aux expressions : « enfants de Tchernobyl », « évacués de Tchernobyl », mais personne ne sait rien de nous. Ils montent sur le toit les bras nus, avec juste des gants de toile ! Deux personnes coexistaient en moi : celles d’avant Tchernobyl et celle de Tchernobyl. Ma femme me suppliait de les renvoyer, de les faire partir. Notre éternité, c’est Tchernobyl… Et nous, nous rions ! (218) Elle rentre chez elle, à Marki… Il y avait 150 curies, là-bas ! Nous entrons dans une maison pour demander de l’eau. Svetlana Alexievitch, La supplication, paru à Moscou en 1997, traduit en français pour la première fois en 1998. Sans rien annoncer et sans semer la panique. Les évacués de Tchernobyl ont été déplacés « en Europe », dans des bourgades de type européen. Je vois tout sous le prisme du théâtre. Et vous désorientez, 14. Il y avait des numéros partout, des barbelés, un homme casqué dans un mirador, des chiens qui aboyaient. Chacun de nous avait en poche sa carte du parti… Une serpillière mouillée était posée devant la porte de l’appartement. » Notre période de service était de 6 mois. Des familles entières y passaient leurs vacances, en camping. La Supplication Tchernobyl Chroniques Du Monde. Je n’ai pas pu le regarder jusqu’au bout, je me suis évanouie. Tu es en âge de te marier. Il fallait une autorisation spéciale, on confisquait les appareils. Ma fille m’a dit récemment : « Maman, si j’accouche d’un bébé difforme, je l’aimerai quand même. Si la radiation atteignait tant de curies, il fallait cuire la volaille dans l’eau salée, jeter l’eau aux égouts et ajouter la viande à celle des pâtés et des saucissons. La Supplication Svetlana Alexievitch Numilog EBook. Monologue sur un petit monstre qu’on aimerait quand même : Nadejda Afanassievna Boukarova, habitante de Koïniki. C’est notre peuple. leurs familles, comprennent que c’est du théâtre. « Savez-vous, demandait l’académicien, père de la bombe H soviétique, qu’après une explosion atomique, il y a une fraîche odeur d’ozone qui sent si bon ? En fait, il s’est cassé dès le début, à cause de l’absence de liberté, nous n’avions plus besoin de la vérité… J’étais ingénieur à l’usine Khimvolokno. nous a réunis pour nous parler. C’était cela qui assommait la population, et non la radiation. On disait que la peine encourue était de deux ou trois ans. Même lorsque la dernière ogive sera détruite. Il m’annonça en passant en passant que, pour le Premier Mai, il emmenait ses enfants chez ses beaux-parents, dans la région de. Il m’appelle souvent. Téléphoner pouvait m’attirer des problèmes : me valoir le retrait de mon habilitation au secret. Je ne réussis pas à l’exprimer. Rangez votre appareil ou je le casse. Il aurait fallu un changement psychologique. Monologue sur comment deux anges ont rencontré la petite Olga : Irina Kisseleva, journaliste. Tout le monde veut se venger des communistes… Mais si les autres se taisent, moi, je vais parler. Je pensais qu’il ne me restait que quelques jours à vivre et je n’avais pas envie de mourir. Certains tremblaient de peur, d’autres d’envie ! [Svetlana Alexievitch] -- Journaliste biélorusse, l'auteur a enquêté pendant trois ans et interrogé les hommes et les femmes de Tchernobyl pour reconstituer leurs sentiments et leur état d'esprit. Monologue sur le pouvoir démesuré d’un homme sur un autre :  Vassili Brissovitch Nesterenko, ancien directeur de l’Institut de l’énergie nucléaire de l’Académie des sciences de Biélorussie. Tout le reste fonctionnait sans eux. Mais s’il a l’atome à sa disposition… Je ne suis pas une philosophe et je ne vais pas philosopher. Y avait-il eu un accident, à l’Institut ? Même quand on frôle la mort… ». Nous parlons beaucoup de cela, mes amis et moi. Dans les premiers jours, j’ai pris ma fille et me suis ruée chez ma sœur, à Minsk ; elle ne nous pas laissées entrer chez elle parce qu’elle allaitait son bébé. Tu recevais un verre de vodka et du tabac. Ma fille m’a dit récemment : « Maman, si j’accouche d’un bébé difforme, je l’aimerai quand même. Ma table, mes vêtements, les murs : tout « luisait ». La Supplication : Tchernobyl, chroniques du monde après l'apocalypse (en russe : Чернобыльская молитва. Tout poussait, on mangeait tout… Où sont-ils maintenant, ces radiologues ? Toutes les notes sont des traducteurs. Comme la guerre. Une vieille femme est morte, chez nous. Ils ont ouvert les entrepôts secrets, mais tout ce qui s’y trouvait était dans un triste état, hors d’usage. Le soir du même jour, la voisine nous a apporté des cachets qu’elle avait eus par l’un de ses parents qui travaillait à l’Institut de la physique nucléaire et lui avait expliqué comment les prendre. … On me demande pourquoi je ne prends pas de photos en couleurs. (193) Il nous faut toujours ajouter quelque chose à la vie quotidienne pour la comprendre. On lit aujourd’hui dans les journaux que les communistes trompaient le peuple, lui cachaient la vérité. La directrice nous a expliqué que l’on changeait le sable tous les mois. Ce fichu mal des rayons. Les hommes jouaient aux soldats et aux pompiers, les femmes aux infirmières. Voilà bien le caractère biélorusse…Nos dieux sont des martyrs. Un groupe d’Allemands travaillaient avec nous. Il y avait installé son matelas et son oreiller. Nous avons eu droit à des causeries politiques. Après une nuit sans sommeil, au matin, j’étais chez moi. La dose à l’entrée des bâtiments était de près de 3 milliröntgens par heure. Alexievitch S (2004) La supplication: Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse, traduction de Galia Ackerman et Pierre Lorrain, Éditions J’ai lu Anderson NB (2011) Special issue: psychology and global climate change. Mais la conscience n’était pas prête. Tout part, s’évanouit, nos sentiments changent… Avant l’opération, je savais déjà que j’avais un cancer. Deux Allemands : un grand et un gros, en noir, et un autre, petit, en marron. - Je ne serai jamais vieux ! S. Alexievitch, La supplication, Collection J'ai lu (édition obligatoire) C. Quelques lectures complémentaires autour du thème ... ¸ Relevez citations / passages illustrant « la force de vivre ». une nouvelle guerre du Caucase est-elle en cours ou va-t-elle seulement commencer ? Pour se procurer du chewing-gum ou quelques vêtements supplémentaires pour leurs petits-enfants. Téléphoner pouvait m’attirer des problèmes : me valoir le retrait de mon habilitation au secret. Nous nous sommes arrêtés dans un village et j’ai été frappée par le silence. Monologue sur des victimes et des prêtres : Natalia Arsenievna Roslova, présidente du comité de femmes de Moguilev, « Enfants de Tchernobyl ». Voilà bien le caractère biélorusse…Nos dieux sont des martyrs. Si je revois cela, si j’y pense, je vais tomber malade et mourir. Chez eux, c’est aussi la panique. Les Fleurs du Mal de Charles Baudelaire. Mais si l’on met de côté les émotions et la politique, il faut reconnaître que personne ne croyait vraiment ce qui venait de se passer, même les scientifiques ne parvenaient pas à y croire ! » (226) Il tient un dosimètre entre les mains. Et lui leur répond : « Eh oui, j’ai tout perdu, mais que de souris crevées ! On peut se référer au site internet autorisé par l'auteur/autrice elle-même (en anglais) : alexievitch.info/en/ Svetlana Alexievitch. Tous les secrétaires du comité du parti étaient debout à la tribune et la fille du premier secrétaire se tenait près de son papa. Monologue sur le pouvoir démesuré d’un homme sur un autre : Vassili Brissovitch Nesterenko, ancien directeur de l’Institut de l’énergie nucléaire de l’Académie des sciences de Biélorussie. Je ne suis pas un homme de plume, je suis physicien. À la colonie de vacances où ma fille a passé un été, on avait peur de la toucher : « Un hérisson de Tchernobyl. » Un dosimètre les accompagnait. Ils ne comprennent vraiment pas ce qui s’est passé. On nous distribuait des tabliers de caoutchouc recouvert d’une pellicule de plomb pulvérisé.